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Municipales 2026 : la parité gagne les petites communes, mais le pouvoir local reste masculin
Municipales 2026 : la parité gagne les petites communes, mais le pouvoir local reste masculin
Pour la première fois, les quelque 27 000 communes françaises de moins de 1 000 habitants votent ce dimanche selon des listes paritaires. Cette réforme, entrée en vigueur avec la loi du 21 mai 2025, corrige une anomalie vieille de vingt-cinq ans.
Le 12 mars 2026, pour Enflammé.e.s, Marion Paoletti, professeure de science politique à l'université de Bordeaux, revient sur ce que cette réforme change, et sur ce qu'elle ne résout pas : les femmes restent largement tenues à l'écart des lieux où se concentre réellement le pouvoir local, les intercommunalités.
Chloé Robichaud : « Le désir féminin est parfois simplement une manière de se reconnecter à soi »
Chloé Robichaud : « Le désir féminin est parfois simplement une manière de
Chloé Robichaud revisite un monument du cinéma québécois avec Deux femmes en or, adaptation contemporaine de la pièce de théâtre de Catherine Léger, elle-même inspirée du film culte de Claude Fournier sorti en 1970.
Présenté en première mondiale au Festival de Sundance, où il a reçu le Prix spécial du jury, le long métrage a rencontré un important succès au Québec avant sa sortie nationale en France le 4 mars 2026. Avec humour et mélancolie, le film observe deux femmes confrontées à l’ennui domestique et à la fatigue des promesses contemporaines du bonheur, tout en conservant, dans sa mise en scène, un discret parfum des années 1960 et 1970 en écho au film original.
Dans un entretien accordé à Enflammé.e.s le 6 mars 2026, la cinéaste revient sur cette comédie féministe qui interroge la solitude conjugale, la maternité et la possibilité de se réapproprier son désir.
Que sait-on vraiment des femmes préhistoriques ? Anne Augereau revient aux faits
Que sait-on vraiment des femmes préhistoriques ? Anne Augereau revient aux faits
Longtemps invisibilisées dans les récits scientifiques, puis parfois présentées comme les figures d’une égalité originelle perdue, les femmes préhistoriques se trouvent aujourd’hui au centre de nombreuses projections contemporaines. Mais que permettent réellement d’en dire les données archéologiques ? Activités quotidiennes, maternité, chasse, statut social, violences, rapports de pouvoir : dans Une préhistoire des femmes (Éditions La Découverte, 2026) Anne Augereau propose un examen méthodique des connaissances disponibles, du Paléolithique aux premières sociétés agricoles.
Dans un entretien accordé à Enflammé.e.s le 16 février 2026, l’archéologue revient sur plus de 300 000 ans d’histoire humaine pour comprendre comment se construisent, et parfois se déforment, nos récits sur les origines des rapports entre les sexes.
Archéologue à l’Inrap et spécialiste du Néolithique, Anne Augereau a dirigé de nombreux chantiers de fouille et consacré plusieurs ouvrages aux rapports sociaux de genre dans les sociétés anciennes, notamment Femmes néolithiques. Le genre dans les premières sociétés agricoles (Éditions CNRS, 2021) et, avec Christophe Darmangeat, Aux origines du genre. Enjeux, méthodes et controverses (Éditions PUF, 2022).
« Faire naître » de Clélia Gasquet-Blanchard : comment le démantèlement de l’hôpital public fragilise la naissance
« Faire naître » : comment le démantèlement de l’hôpital public fragilise la naissance
Le 31 octobre 2025, la Maternité des Lilas, établissement emblématique de Seine-Saint-Denis et pionnier d’un accouchement plus respectueux des femmes, a définitivement fermé ses portes après des années d’incertitudes et de luttes. Une disparition qui symbolise la crise plus large que traversent aujourd’hui les maternités françaises.
Géographe, maîtresse de conférences HDR à l’École des hautes études en santé publique et chercheuse au laboratoire ESO (CNRS – Université Rennes 2), Clélia Gasquet-Blanchard travaille depuis plusieurs années sur les lieux et les conditions de la naissance en France. Depuis 2019, elle coordonne également le réseau de santé SOLIPAM, qui accompagne en Île-de-France des femmes enceintes en situation de grande précarité.
Dans Faire naître. Ce que le capitalisme fait à la maternité (La Fabrique, 2026), elle analyse la manière dont la transformation néolibérale de l’hôpital et du soin isole progressivement les mères, fragilise le travail des soignantes et creuse les inégalités territoriales face à la naissance. Son livre s’appuie sur des enquêtes et des observations menées dans plusieurs maternités françaises, sur des échanges approfondis avec des équipes soignantes et des femmes ayant récemment accouché, ainsi que sur son travail de terrain auprès de femmes confrontées à de fortes vulnérabilités sociales.
Dans cet entretien accordé à Enflammé.e.s le 13 février 2026, elle revient sur les effets concrets de ce démantèlement du soin et sur la manière dont la naissance est devenue un révélateur aigu des fractures sociales et territoriales contemporaines.
« Les artistes femmes n’existent pas » ? La réponse d’Anne Bourrassé
« Les artistes femmes n’existent pas » ? La réponse d’Anne Bourrassé
Pendant longtemps, l’absence des artistes femmes a été naturalisée dans le récit de l’histoire de l’art. Dans Les Refusées. Les artistes femmes n’existent pas (Éditions Seuil, 2026), Anne Bourrassé montre au contraire que cet effacement relève d’un système : un ensemble de mécanismes historiques, institutionnels et symboliques qui continuent, aujourd’hui encore, de produire de l’inégalité au cœur même du champ artistique.
Commissaire d’exposition et critique d’art, diplômée de l’École nationale supérieure des Arts décoratifs de Paris et de Sciences Po, lauréate de la Bourse Émergence de l’ADIAF en 2023, Anne Bourrassé enquête de l’intérieur sur le fonctionnement de l’art contemporain en France. À partir de données chiffrées, de son expérience professionnelle et d’un travail d’histoire de l’art au long cours, elle met en lumière un paradoxe persistant : alors que près de 70 % des étudiant.es en écoles d’art sont des femmes, celles-ci ne représentent qu’une part infime des artistes exposées, collectionnées, médiatisées et valorisées économiquement.
En croisant les trajectoires d’artistes femmes et d’artistes hommes, de Rosa Bonheur à Eugène Delacroix, de Janet Sobel à Jackson Pollock, d’Augusta Savage à Jean-Michel Basquiat, Anne Bourrassé démonte les récits qui fabriquent la valeur, la postérité et l’« évidence » culturelle. Elle interroge aussi les angles morts des politiques publiques, l’inertie des institutions, l’opacité du monde de l’art et la capacité du système à absorber les critiques sans se transformer.
À l’heure où le ministère de la Culture projette encore cent vingt ans pour atteindre la parité entre femmes et hommes dans le champ de l’art, cette conversation propose de déplacer le regard : non pas demander où sont les artistes femmes, mais comprendre pourquoi, et comment, elles continuent d’être refusées.
Mascha Schilinski : éclairer les mémoires silencieuses des femmes
Mascha Schilinski : éclairer les mémoires silencieuses des femmes
C’est dans une ferme isolée de l’Altmark, au nord de l’Allemagne, que Mascha Schilinski et Louise Peter ont trouvé la matière du film Les Échos du passé (In die Sonne schauen). Leur immersion dans ce lieu hors du temps a fait naître un récit qui traverse un siècle à travers quatre jeunes femmes, unies par la même maison et par des traces invisibles ; celles que l’Histoire n’a jamais su nommer, mais que les corps n’oublient pas.
Présenté en ouverture de la compétition officielle du Festival de Cannes 2025, où il a remporté le Prix du jury, ex-aequo avec Sirât d’Oliver Laxe, le film poursuit aujourd’hui un parcours exceptionnel. Sous son titre international Sound of Falling, il représentera l’Allemagne lors de la 98e cérémonie des Oscars 2026 dans la catégorie Meilleur film international. Salué pour son audace formelle et sa puissance sensorielle, il a déjà été acquis dans plus de quarante territoires et s’impose comme l’une des œuvres les plus singulières du cinéma allemand contemporain.
À mi-chemin du drame historique et du poème sensoriel, Les Échos du passé explore la mémoire des femmes et les traumatismes transmis en silence, à travers un lieu qui traverse un siècle et relie quatre destins. Dans cet entretien accordé à Enflammé.e.s le 5 décembre 2025, Mascha Schilinski revient sur la genèse de cette forme rare : un récit où affleurent des images enfouies et un héritage qui cherche enfin ses mots.
Filmer le temps des femmes dans l’Amérique de Trump avec Nora Philippe
Filmer le temps des femmes dans l’Amérique de Trump avec Nora Philippe
Sous Barack Obama, elles avaient vingt ans et rêvaient de changer le monde. Dix ans plus tard, alors que Donald Trump est de retour à la Maison-Blanche, elles continuent de se battre pour exister.
Dans son film documentaire Girls for Tomorrow (2024), la réalisatrice et chercheuse Nora Philippe suit sur une décennie quatre jeunes femmes issues du Barnard College, bastion du féminisme universitaire new-yorkais. À travers leurs trajectoires, entre luttes étudiantes, désillusions politiques et réinventions personnelles, la cinéaste compose un portrait générationnel vibrant, mais aussi un autoportrait en creux : celui d’une femme qui interroge, en filmant, le lien entre intime et politique.
Dix ans d’histoire américaine, de #MeToo à Black Lives Matter, s’y condensent en une réflexion sur la transmission, la liberté et le courage de durer. Pour Enflammé.e.s le 5 décembre 2025, Nora Philippe revient sur ce travail au long cours, sur la fragilité du savoir et du langage sous Trump, et sur la nécessité, plus que jamais, de filmer le temps des femmes.
« Regarder autrement » : Hafsia Herzi et Iris Brey face à “La Petite Dernière”
« Regarder autrement » : Hafsia Herzi et Iris Brey face à “La Petite Dernière”
À l’occasion de la sortie de La Petite Dernière (en salles le 22 octobre), Enflammé.e.s a réuni Hafsia Herzi et Iris Brey pour un entretien croisé autour du regard féminin au cinéma.
Réalisé par Hafsia Herzi, actrice révélée par La Graine et le Mulet (2007) d’Abdellatif Kechiche et désormais autrice d’un cinéma vibrant et social (Tu mérites un amour, Bonne Mère), La Petite Dernière est l’adaptation du roman de Fatima Daas. Le film met en scène une jeune femme musulmane, lesbienne et croyante.
Face à elle, Iris Brey, critique et universitaire franco-américaine, a consacré son œuvre à la représentation du corps féminin au cinéma. En écho à la notion de male gaze formulée en 1975 par la théoricienne Laura Mulvey, elle définit dans Le Regard féminin. Une révolution à l’écran (Éditions de l’Olivier, 2020) un female gaze qui nous fait « ressentir l’expérience d’un corps féminin à l’écran ». En 2023, elle passe elle-même à la réalisation avec la série Split (France.tv Slash), récit d’amour lesbien et manifeste pour de nouvelles images du désir.
Ensemble, elles explorent comment le regard féminin peut allier instinct et conscience politique, et faire de la douceur une résistance.
Nadia Melliti : incarner Fatima, entre foi, désir et résistance
Nadia Melliti : incarner Fatima, entre foi, désir et résistance
Révélée dans La Petite Dernière d’Hafsia Herzi, adaptation du roman de Fatima Daas, et lauréate du Prix d’interprétation féminine au Festival de Cannes 2025, Nadia Melliti livre une performance bouleversante. Entre silence et souffle, elle incarne une jeune femme qui cherche à concilier sa foi et son désir, sans renier ce qu’elle est.
Rencontrée lors de la 5ᵉ édition du Festival du Film Féministe aux Lilas, le 12 octobre 2025, où La Petite Dernière était projeté en avant-première de clôture, elle se confie sur un rôle qui fait du cinéma un lieu de vérité, de liberté et d’amour.
Fatima Daas : « Je veux continuer à écrire une littérature de survie »
Fatima Daas : « Je veux continuer à écrire une littérature de survie »
Le 22 août, Fatima Daas a publié Jouer le jeu, son second roman, aux éditions de l’Olivier. Cinq ans après La Petite Dernière (Noir sur blanc, 2020) aujourd’hui porté à l’écran par Hafsia Herzi et sorti en salles le 22 octobre, l’autrice revient sur l’aventure d’un texte qui n’a cessé de se réinventer.
Rencontrée lors de la 5ᵉ édition du Festival du Film Féministe aux Lilas le 12 octobre 2025, où le film La Petite Dernière était projeté en avant-première de clôture, Fatima Daas évoque son rapport à l’écriture, la foi, la liberté et la représentation des corps minorés.
Julie Billy, productrice engagée : faire exister d’autres regards comme acte féministe
Julie Billy, productrice engagée : faire exister d’autres regards comme acte féministe
Productrice, cofondatrice du collectif 50/50 et de la société June Films, Julie Billy défend depuis près de quinze ans un cinéma féministe, inclusif et audacieux. Elle a produit notamment Animale (2024) d’Emma Benestan et La Petite Dernière d’Hafsia Herzi, adaptation du roman éponyme de Fatima Daas, présenté en avant-première à la 5ᵉ édition du Festival du Film Féministe aux Lilas avant sa sortie nationale le 22 octobre 2025.
Dans cet entretien accordé à Enflammé.e.s le 12 octobre, la productrice revient sur la genèse du film, les résistances rencontrées, la liberté qu’elle défend pour les cinéastes et sa vision d’un cinéma français à l’image de sa diversité.
Delphine Griveaud : « La justice restaurative est une solution du moment à une institution judiciaire en crise »
Delphine Griveaud : « La justice restaurative est une solution du moment à une institution judiciaire en crise »
La justice restaurative est souvent présentée comme une voie nouvelle pour humaniser la justice pénale et mieux répondre aux attentes des victimes. Mais que change-t-elle réellement au fonctionnement de l’institution judiciaire ?
Dans Réparer la justice. Enquête sur les pratiques restauratives en France (Éditions La Découverte, 2025), la sociologue Delphine Griveaud analyse la manière dont ces pratiques, nées en marge du système pénal, ont été progressivement intégrées par celui-ci. À partir de son enquête de terrain, elle montre qu’elles peuvent produire des effets importants pour les individus tout en restant limitées dans leur capacité à transformer l’institution elle-même.
Dans cet entretien accordé à Enflammé.e.s le 9 octobre 2025, elle revient sur les promesses et les ambiguïtés de la justice restaurative, sur la quête de reconnaissance des victimes et sur les formes de justice qui pourraient émerger au-delà du cadre pénal.