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Le féminisme d’État en France et au Québec : bilan d’un demi-siècle d’institutionnalisation avec Anne Revillard
Le féminisme d’État en France et au Québec : bilan d’un demi-siècle d’institutionnalisation avec Anne Revillard
Le 4 mars 2025, Enflammé.e.s a rencontré Anne Revillard, professeure de sociologie à Sciences Po, chercheuse spécialiste des politiques publiques d’égalité et directrice du Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (LIEPP). Elle est également membre du Centre de recherche sur les inégalités sociales (CRIS) et s’est distinguée par ses travaux sur l’articulation entre droit, action publique et transformations des inégalités de genre et de handicap.
En 2016, elle a publié La cause des femmes dans l’État. Une comparaison France-Québec aux Presses universitaires de Grenoble, un ouvrage qui fait aujourd’hui référence sur la manière dont les institutions publiques ont intégré – ou non – les revendications féministes des années 1960 aux années 2010. À travers une approche comparative, elle y analyse la construction du féminisme d’État en France et au Québec, ainsi que la capacité de ces institutions à défendre les droits des femmes face aux résistances politiques et administratives.
Si elle a cessé de travailler sur ces questions depuis une dizaine d’années, son regard historique permet de revenir sur des décennies de luttes pour l’égalité. Comment ces institutions ont-elles émergé sous l’impulsion des mouvements féministes ? Quels leviers ont-elles pu mobiliser pour influer sur les politiques publiques ? Face aux alternances politiques et aux résistances institutionnelles, ont-elles réussi à imposer la cause des femmes au sein de l’État ?
Dans cet entretien, elle revient sur son travail, les dynamiques qui ont structuré le féminisme d’État, et les leçons que l’on peut tirer aujourd’hui de cette institutionnalisation des luttes féministes. Une plongée passionnante dans les coulisses des politiques publiques féministes.
Nouvelle stratégie pour une diplomatie féministe : Delphine O détaille l’engagement international de la France
Nouvelle stratégie pour une diplomatie féministe : Delphine O détaille l’engagement international de la France
Le 7 mars 2025, la France a officiellement dévoilé sa première Stratégie internationale pour une diplomatie féministe 2025-2030. Cette stratégie succède à la Stratégie internationale de la France pour l’égalité entre les femmes et les hommes (2018-2022). Dans un contexte mondial marqué par des reculs inquiétants sur les droits des femmes, la diplomatie féministe française entend s’affirmer comme un levier majeur pour défendre l’égalité de genre sur la scène internationale.
Dans ce contexte, Enflammé.e.s a rencontré Delphine O, ambassadrice et Secrétaire générale du Forum Génération Égalité depuis 2019, au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Figure incontournable de la diplomatie féministe française, elle a dirigé la conception et l’organisation du Forum Génération Égalité, qui s’est tenu à Paris en juin 2021. Cette conférence, la plus importante consacrée aux droits des femmes depuis la Conférence de Pékin en 1995, a marqué un tournant en mobilisant des États, des organisations internationales et des acteurs de la société civile pour renforcer les engagements en faveur de l’égalité de genre.
Avec elle, nous avons exploré les grandes lignes de cette nouvelle stratégie, ses enjeux financiers, ses initiatives phares et les défis actuels : la montée des attaques réactionnaires contre les droits des femmes, la question de l’impunité des violences sexistes, ainsi que l’urgence de lutter contre les cyberviolences.
Un entretien dense et essentiel pour comprendre les combats à venir et les moyens mis en œuvre par la France pour contrer le recul des droits des femmes à l’international.
Maud Olivier : neuf ans après la loi, la lutte contre la prostitution continue
Maud Olivier : neuf ans après la loi, la lutte
Neuf ans après l’adoption de la loi du 13 avril 2016 sous la présidence de François Hollande, où en est la France dans la lutte contre la prostitution ? Présentée comme un tournant majeur, cette loi a aboli le délit de racolage, instauré un parcours de sortie pour les survivant.e.s de la prostitution et pénalisé les clients. Pourtant, son application reste très inégale.
Alors que la prostitution des mineur.e.s explose en France et que les sanctions contre les clients restent insuffisamment appliquées, certains pays voisins prennent une direction radicalement opposée. La Belgique est ainsi devenue, le 1er décembre 2024, le premier pays au monde à proposer des contrats de travail aux personnes en situation de prostitution, leur accordant un statut officiel et des droits sociaux.
Que reste-t-il, en France, de cette ambition abolitionniste ? Pourquoi la loi peine-t-elle à être appliquée sur tout le territoire ? Face aux résistances politiques et aux blocages administratifs, faut-il aller plus loin ?
Le 21 février 2025, pour Enflammé.e.s, Maud Olivier, ancienne députée et rapporteure de la loi de 2016, revient sur les défis actuels, la montée des discours réglementaristes et les dangers d’une régularisation du système prostitutionnel.
Bérangère Couillard : les chantiers du HCE pour l’égalité femmes-hommes
Bérangère Couillard : les chantiers du HCE pour l’égalité femmes-hommes
Chaque année, le 8 mars est un moment de mobilisation où se mesurent les avancées et les combats encore à mener pour les droits des femmes. En 2025, l’ONU a choisi pour thème « Pour TOUTES les femmes et les filles : droits, égalité et autonomisation », un appel à renforcer les droits des femmes dans toutes leurs diversités.
À l’approche de cette journée où collectifs féministes et syndicats appellent à une grève féministe, la question reste entière : où en est réellement l’égalité en France ?
Sept mois après sa nomination à la tête du Haut Conseil à l’Égalité (HCE), Enflammé.e.s a rencontré Bérangère Couillard à l’Hôtel du Petit Monaco le 18 février 2025. L’occasion de revenir sur les grands dossiers qu’elle porte et les défis qui restent à relever : le poids de la France dans la diplomatie féministe, les inégalités professionnelles persistantes, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.
Quels combats doivent être menés en priorité ? Bérangère Couillard dresse un état des lieux et esquisse les prochaines batailles à mener.
Neil Datta : la toute-puissance des mouvements anti-choix révélée
Neil Datta : la toute-puissance des mouvements anti-choix révélée
Neil Datta, directeur exécutif du Forum parlementaire européen pour les droits sexuels et reproductifs, a accordé une interview exclusive à Enflammé.e.s le 30 janvier 2025, depuis le siège du Forum à Bruxelles. Il y dévoile les stratégies transnationales des réseaux conservateurs anti-genre, qui s’organisent pour affaiblir les droits sexuels et reproductifs en Europe.
Avec des financements issus des États-Unis, de la Russie et de grandes fortunes européennes, ces mouvements investissent les institutions politiques et médiatiques à travers des campagnes de lobbying et de désinformation.
Face à cette menace transnationale, exacerbée par le retour de Donald Trump, Neil Datta propose une contre-offensive en cinq étapes pour protéger ces droits fondamentaux. Une bataille cruciale pour préserver nos libertés et la stabilité de nos démocraties.
Diplomatie féministe française : aller au-delà des éléments de langage
Diplomatie féministe française : aller au-delà des éléments de langage
Le 10 janvier 2025, Enflammé.e.s a rencontré Lucie Daniel, responsable de plaidoyer et d’études pour Equipop, pour discuter du document de positionnement publié par l’association en novembre 2024 : « Diplomatie féministe » française : maintenir les exigences dans un contexte de backlash. Lors de cet entretien, Lucie Daniel analyse les fondements de la diplomatie féministe, les défis qu’elle soulève en France, ainsi que les enjeux internationaux dans un contexte marqué par la montée des mouvements anti-droits. Elle explore également les impacts d’un possible retour du Global Gag Rule sous une administration Trump II et l’importance de la 4e conférence internationale sur les politiques étrangères féministes, que la France accueillera en 2025.
Déjà interviewée par Enflammé.e.s le 11 décembre 2024, Lucie Daniel avait alors alerté sur l’impact des discours d’extrême droite sur les droits des femmes. Ce nouvel échange offre un éclairage approfondi sur les solutions à mettre en œuvre pour préserver une diplomatie féministe cohérente et ambitieuse.
Créée en 1993, Equipop est une association féministe de solidarité internationale engagée dans la défense des droits des femmes et des filles. L’association met un accent particulier sur leurs droits sexuels et reproductifs, tout en intégrant l’intersectionnalité et l’approche genre au cœur de ses actions. En collaboration avec de nombreux partenaires, Equipop répond aux défis locaux et internationaux pour faire progresser l’égalité de genre.
Fiona Texeire : l’urgence d’un électrochoc contre les violences sexistes et sexuelles en politique
Fiona Texeire, consultante, formatrice et conférencière, est à l’initiative du #MeToo politique en France et a cofondé l’Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique en novembre 2021, aux côtés d’Alice Coffin, Madeline Da Silva, Hélène Goutany et Mathilde Viot.
Forte de quinze ans d’expérience comme collaboratrice d’élue.s, elle a fait de la lutte contre les violences sexistes et sexuelles un combat central, notamment en dénonçant les mécanismes d’impunité et le manque de volonté politique pour y mettre fin. Alors que Gérald Darmanin, accusé de viol en 2017, vient d’être nommé ministre d’État, garde des Sceaux, ministre de la Justice dans le gouvernement François Bayrou le 23 décembre 2024, cet entretien accordé à Enflammé.e.s le 18 décembre résonne avec une acuité particulière. Cette nomination intervient alors que François Bayrou, lui-même garde des Sceaux en mai 2017, avait reçu à l’époque une lettre visant Darmanin « l’accusant d’abus de faiblesse, d’abus de pouvoir, voire de viol » (Le Monde ; France Info), alors fraîchement nommé au gouvernement d’Édouard Philippe*.
Dans cette interview, Fiona Texeire analyse l’absence de réformes structurelles, les contradictions des partis politiques, et appelle à des mesures concrètes pour garantir aux femmes une égalité réelle dans l’accès et l’exercice du pouvoir.
Mélissa Camara : combattre la toute-puissance des extrêmes droites européennes
Mélissa Camara : combattre la toute-puissance des extrêmes-droites européennes
Élue députée européenne en 2024 sur la liste Les Écologistes, et élue locale à Lille, Mélissa Camara dénonce la montée des extrêmes droites et leurs attaques contre les droits fondamentaux. Siégeant aux commissions parlementaires FEMM (droits des femmes et de l’égalité des genres) et LIBE (libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures), elle œuvre pour une Europe féministe et inclusive, tout en alertant sur les dangers d’une dérive autoritaire, en France comme à l’échelle européenne.
Dans cet entretien exclusif accordé à Enflammé.e.s le 22 novembre 2024, Mélissa Camara revient sur ses combats pour les droits des femmes et des minorités dans ce contexte politique tendu.
Réformer la définition du viol : un enjeu législatif et culturel
Réformer la définition du viol : un enjeu législatif et culturel
Deux députées, Véronique Riotton (Renaissance) et Marie-Charlotte Garin (Écologiste), présidente et co-rapporteure de la mission parlementaire sur la définition pénale du viol, doivent présenter leurs conclusions mi-décembre.
Après des auditions menées auprès de magistrats, associations, victimes et forces de l’ordre, elles affirment la nécessité d’intégrer explicitement la notion de consentement dans la loi. Marie-Charlotte Garin, députée de la 3e circonscription du Rhône et vice-présidente de la Délégation aux droits des femmes, partage les enjeux culturels et législatifs de cette réforme essentielle dans cet entretien accordé à Enflammé.e.s le 27 novembre 2024.
Les femmes et les minorités de genre face à Donald Trump
Les femmes et les minorités de genre face à Donald Trump
Avec la réélection de Donald Trump le 5 novembre 2024, les questions autour des droits des femmes et des minorités de genre se multiplient.
Pour décrypter les répercussions de cette victoire sur les libertés individuelles, trois spécialistes ont répondu aux questions d’Enflammé.e.s le 8 novembre. Dominique Daniel, professeure de civilisation américaine au département d'anglais à l’Université de Tours ; Hélène Harter, professeure en histoire contemporaine à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et spécialiste de l’histoire des États-Unis ; Hugo Bouvard, maître de conférences en histoire et sociologie des États-Unis et membre du LARCA (Laboratoire de Recherche sur les Cultures Anglophones) à l’Université Paris Cité.
Menstruations incapacitantes au travail : la proposition de loi des députés NUPES
Après une concertation lancée le 7 avril 2023, les députés NUPES Sébastien Peytavie, le chef de file de la PPL, Sandrine Rousseau et Marie-Charlotte Garin ont déposé leur proposition de loi sur la santé menstruelle et gynécologique au travail ce 26 mai.
La présentation a eu lieu à l’issue du colloque “Pour un congé menstruel en France !” organisé à l’Assemblée nationale.
Voici les éléments clés de cette proposition de loi (PPL) ambitieuse, qui fera date si elle est adoptée dans le combat pour l’égalité femmes-hommes dans notre pays.
Inégalités salariales : des lois impuissantes
Inégalités salariales : des lois impuissantes
Mars 2023. Les résultats de l’index de l’égalité professionnelle sont publiés. Autosatisfaction généralisée. Cette année, la note moyenne déclarée par les entreprises est en augmentation, s'établissant à 88/100, contre 86/100 en 2022. Ces chiffres sont pourtant trompeurs. Les inégalités restent criantes. Quels indicateurs clés faut-il suivre ? Quelles sont les raisons de ces écarts ? Où en est la législation ?
Carrefour et la santé des femmes : des effets d’annonces ?
Carrefour et la santé des femmes : des effets d’annonces ?
Le groupe Carrefour a annoncé par la voix de son PDG, Alexandre Bompard, le 19 avril 2023, une série de mesures pour la santé des femmes. 12 jours d’absence médicale par an seront par exemple accordés aux femmes atteintes d’endométriose et ayant une Reconnaissance de la Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH).
Les principaux syndicats (FO, CGT et CFDT) se réjouissent de ces décisions mais regrettent vivement l’absence totale de concertation avec la Direction. Plusieurs limites sont aussi pointées du doigt.