À LA UNE
Du Canada aux États-Unis : Véronique Pronovost analyse l’offensive conservatrice contre l’avortement
Du Canada aux États-Unis : Véronique Pronovost analyse l’offensive conservatrice contre l’avortement
À mesure que les offensives anti-avortement s’intensifient aux États-Unis, leurs échos traversent la frontière. Au Canada, les mouvements conservateurs s’organisent, reprennent les discours, les tactiques, et cherchent à redessiner les lignes du possible.
Doctorante en sociologie et en études féministes à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Véronique Pronovost est chercheure en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. Depuis plus de dix ans, elle suit de près les dynamiques transnationales de l’antiféminisme conservateur en Amérique du Nord, et en particulier l’évolution du mouvement contre l’avortement. Membre de plusieurs collectifs de recherche (le Chantier sur l’antiféminisme du RéQEF, le Collectif Action Politique et Démocratie), elle siège également au comité de veille stratégique sur l’avortement piloté par la Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN).
Spécialiste des interactions entre stratégie politique, discours religieux et recul des droits reproductifs, Véronique Pronovost observe avec lucidité comment une droite religieuse coordonnée impose, lentement mais sûrement, une redéfinition des normes sociales. Dans cet entretien accordé à Enflammé.e.s le 17 mars 2025 au Québec, elle éclaire les logiques à l’œuvre, la nécessité d’une vigilance constante — et l’urgence de penser la riposte, culturelle autant que politique, avant que les reculs ne deviennent irréversibles.
“Libres de choisir. Aux premières lignes de l’avortement” de Julie Boisvert et Élise Ekker-Lambert
“Libres de choisir. Aux premières lignes de l’avortement” de Julie Boisvert et Élise Ekker-Lambert
Le Canada est souvent cité comme un modèle en matière de droits reproductifs. Depuis l’arrêt Morgentaler de 1988, aucune loi ne régit l’IVG, ce qui en fait un soin de santé accessible sans restriction légale. Toutefois, cette absence de loi ne garantit pas un accès universel. L’avortement dépend du réseau de soins et de la volonté des provinces de financer les services.
En conséquence, les disparités d’accès sont énormes. À Montréal, une femme peut avorter rapidement, mais dans certaines régions du Québec et du Canada, il faut parcourir des centaines de kilomètres et attendre plusieurs semaines. Jusqu’à récemment, dans des provinces comme le Nouveau-Brunswick, les cliniques privées n’étaient pas financées par le gouvernement, ce qui rendait l’IVG largement inaccessible aux personnes les plus précaires. Depuis un changement de gouvernement en novembre 2024, cette politique a été modifiée, et l’assurance maladie couvre désormais l’IVG en clinique privée — une avancée importante pour le droit à l’avortement dans la province.
L’avortement reste aussi une cible des mouvements conservateurs. Depuis l’annulation de Roe v. Wade aux États-Unis en 2022, les groupes anti-choix québécois et canadiens ont intensifié leurs actions : désinformation, manifestations, pressions politiques.
C’est dans ce contexte que s’inscrit Libres de choisir. Aux premières lignes de l’avortement (2025), un documentaire réalisé par Julie Boisvert et Élise Ekker-Lambert. En s’immergeant dans les cliniques québécoises et canadiennes, elles donnent la parole aux soignantes et aux patientes, exposant les réalités concrètes de l’IVG. Un regard féministe et engagé, qui interroge aussi l’évolution du débat sur l’avortement et la montée des mouvements anti-choix.
Enflammé.e.s a rencontré les réalisatrices le 13 mars 2025 dans les locaux de la nouvelle Maison de Radio-Canada.
Nouvelle stratégie pour une diplomatie féministe : Delphine O détaille l’engagement international de la France
Nouvelle stratégie pour une diplomatie féministe : Delphine O détaille l’engagement international de la France
Le 7 mars 2025, la France a officiellement dévoilé sa première Stratégie internationale pour une diplomatie féministe 2025-2030. Cette stratégie succède à la Stratégie internationale de la France pour l’égalité entre les femmes et les hommes (2018-2022). Dans un contexte mondial marqué par des reculs inquiétants sur les droits des femmes, la diplomatie féministe française entend s’affirmer comme un levier majeur pour défendre l’égalité de genre sur la scène internationale.
Dans ce contexte, Enflammé.e.s a rencontré Delphine O, ambassadrice et Secrétaire générale du Forum Génération Égalité depuis 2019, au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. Figure incontournable de la diplomatie féministe française, elle a dirigé la conception et l’organisation du Forum Génération Égalité, qui s’est tenu à Paris en juin 2021. Cette conférence, la plus importante consacrée aux droits des femmes depuis la Conférence de Pékin en 1995, a marqué un tournant en mobilisant des États, des organisations internationales et des acteurs de la société civile pour renforcer les engagements en faveur de l’égalité de genre.
Avec elle, nous avons exploré les grandes lignes de cette nouvelle stratégie, ses enjeux financiers, ses initiatives phares et les défis actuels : la montée des attaques réactionnaires contre les droits des femmes, la question de l’impunité des violences sexistes, ainsi que l’urgence de lutter contre les cyberviolences.
Un entretien dense et essentiel pour comprendre les combats à venir et les moyens mis en œuvre par la France pour contrer le recul des droits des femmes à l’international.
Clara Serra : les limites de la notion de consentement
Clara Serra : les limites de la notion de consentement
Alors que la France s’apprête à examiner une proposition de loi visant à inscrire l’absence de consentement dans la définition du viol, Clara Serra, philosophe et militante féministe espagnole, met en garde contre une illusion : celle de croire qu’un simple mot, gravé dans le droit, suffirait à transformer la réalité des violences sexuelles. Dans La Doctrine du consentement (Éditions La Fabrique, 2025), elle déconstruit l’idée d’un consentement conçu comme une solution universelle, un remède à toutes les oppressions, et rappelle que son rôle est d’abord juridique : délimiter la violence, non garantir des relations libres, désirées et égalitaires.
Alors que les députées Véronique Riotton et Marie-Charlotte Garin défendent une réforme qui se veut ambitieuse, Clara Serra invite à un débat plus vaste : quelle place donnons-nous réellement à la parole des femmes ? Comment éviter de faire du consentement un fétiche qui occulterait les rapports de pouvoir ? Que reste-t-il à combattre une fois la loi votée ?
Dans cet entretien accordé à Enflammé.e.s le 18 février 2025, elle démonte les mirages du seul oui est oui et plaide pour une révolution qui dépasse les frontières du droit pénal.
“Socorristas” : la force d’un réseau féministe pour le droit à l’avortement en Argentine
“Socorristas” : la force d’un réseau féministe pour le droit à l’avortement en Argentine
Dans un entretien accordé à Enflammé.e.s le 28 janvier 2025, Caroline Kim Morange raconte son immersion au cœur du militantisme féministe à Córdoba, en Argentine, dans son documentaire Socorristas (2022). Entre 2018 et 2020, l’avortement y était encore largement interdit, sauf en cas de viol ou de danger grave pour la santé. Dans ce contexte, les Socorristas, un collectif de militantes, se sont organisées pour accompagner les femmes souhaitant avorter, leur apportant soutien, écoute et informations essentielles, tout en restant dans les limites légales de la transmission d'informations.
Reconnues à leurs foulards verts, symbole emblématique de la lutte pour l’avortement dans toute l’Amérique latine, ces activistes, surnommées les « secouristes », font partie d’un vaste réseau nommé Socorristas en red. À Córdoba, leur groupe, Socorristas Córdoba Hilando, rassemble étudiantes et femmes actives qui, par des permanences d’écoute, des ateliers d’information et un suivi à distance, accompagnent les femmes pour garantir des avortements aussi sûrs que possible.
Caroline Kim Morange, installée alors à Córdoba, a suivi leur combat quotidien. À travers ce film, elle éclaire la solidarité et la sororité qui structurent ce réseau féministe. Elle offre ainsi le témoignage d’un combat universel : celui des femmes qui revendiquent, face à des lois oppressives, le droit de disposer librement de leur corps.
Neil Datta : la toute-puissance des mouvements anti-choix révélée
Neil Datta : la toute-puissance des mouvements anti-choix révélée
Neil Datta, directeur exécutif du Forum parlementaire européen pour les droits sexuels et reproductifs, a accordé une interview exclusive à Enflammé.e.s le 30 janvier 2025, depuis le siège du Forum à Bruxelles. Il y dévoile les stratégies transnationales des réseaux conservateurs anti-genre, qui s’organisent pour affaiblir les droits sexuels et reproductifs en Europe.
Avec des financements issus des États-Unis, de la Russie et de grandes fortunes européennes, ces mouvements investissent les institutions politiques et médiatiques à travers des campagnes de lobbying et de désinformation.
Face à cette menace transnationale, exacerbée par le retour de Donald Trump, Neil Datta propose une contre-offensive en cinq étapes pour protéger ces droits fondamentaux. Une bataille cruciale pour préserver nos libertés et la stabilité de nos démocraties.
Léa Veinstein : “Il suffit d'écouter les femmes” pour comprendre l'histoire de l'avortement clandestin
Léa Veinstein : “Il suffit d'écouter les femmes” pour comprendre l'histoire de l'avortement clandestin
À l’occasion des cinquante ans de la loi Veil, qui a légalisé l’interruption volontaire de grossesse en France le 17 janvier 1975, Léa Veinstein explore la mémoire des avortements clandestins dans son livre Il suffit d’écouter les femmes (Éditions Flammarion, 2025). Fruit d’une vaste collecte de témoignages orchestrée par l’Institut national de l’audiovisuel (INA), ce projet donne la parole à celles qui, avant la légalisation, ont traversé la solitude, la peur, et parfois la sororité dans des réseaux d’entraide.
Dans cet entretien accordé à Enflammé.e.s le 28 janvier 2025, Léa Veinstein revient sur la genèse du livre, la puissance des récits recueillis et l’impact de cette transmission intergénérationnelle. Elle évoque également le rôle de personnalités telles que Christiane Taubira, qui a témoigné dans le documentaire diffusé sur France 5, et partage sa vision de la responsabilité féministe face aux régressions actuelles.
“Sociologie de l’avortement” : des luttes historiques aux enjeux contemporains
Sociologie de l’avortement : des luttes historiques aux enjeux contemporains
Le 17 janvier 2025 a marqué le 50ᵉ anniversaire de la promulgation de la loi autorisant l’interruption volontaire de grossesse (IVG) en France, plus connue sous le nom de « loi Veil ».
Marie Mathieu, sociologue, post-doctorante au Cermes3 (Centre de recherche médecine, science, santé, santé mentale, société), et Laurine Thizy, professeure agrégée de sciences économiques et sociales et docteure en sociologie à l’université Paris 8, ont exploré les multiples dimensions de l’avortement dans Sociologie de l’avortement (Éditions La Découverte, 2023). Elles y examinent les évolutions légales, les résistances sociales et politiques, ainsi que les réalités concrètes vécues par les femmes.
Dans cette interview accordée à Enflammé.e.s le 23 janvier 2025, les sociologues reviennent sur les dynamiques historiques, les inégalités territoriales et les défis actuels liés à l’accès à l’IVG, en France et ailleurs.
Diplomatie féministe française : aller au-delà des éléments de langage
Diplomatie féministe française : aller au-delà des éléments de langage
Le 10 janvier 2025, Enflammé.e.s a rencontré Lucie Daniel, responsable de plaidoyer et d’études pour Equipop, pour discuter du document de positionnement publié par l’association en novembre 2024 : « Diplomatie féministe » française : maintenir les exigences dans un contexte de backlash. Lors de cet entretien, Lucie Daniel analyse les fondements de la diplomatie féministe, les défis qu’elle soulève en France, ainsi que les enjeux internationaux dans un contexte marqué par la montée des mouvements anti-droits. Elle explore également les impacts d’un possible retour du Global Gag Rule sous une administration Trump II et l’importance de la 4e conférence internationale sur les politiques étrangères féministes, que la France accueillera en 2025.
Déjà interviewée par Enflammé.e.s le 11 décembre 2024, Lucie Daniel avait alors alerté sur l’impact des discours d’extrême droite sur les droits des femmes. Ce nouvel échange offre un éclairage approfondi sur les solutions à mettre en œuvre pour préserver une diplomatie féministe cohérente et ambitieuse.
Créée en 1993, Equipop est une association féministe de solidarité internationale engagée dans la défense des droits des femmes et des filles. L’association met un accent particulier sur leurs droits sexuels et reproductifs, tout en intégrant l’intersectionnalité et l’approche genre au cœur de ses actions. En collaboration avec de nombreux partenaires, Equipop répond aux défis locaux et internationaux pour faire progresser l’égalité de genre.
Cécile Thomé : la contraception, accélérateur d’inégalités
Cécile Thomé : la contraception, accélérateur d’inégalités
Le 16 janvier 2025, à la veille du 50ᵉ anniversaire de la loi Veil relative à l’interruption volontaire de grossesse, Enflammé.e.s a rencontré Cécile Thomé, sociologue et chargée de recherche au CNRS.
Dans son livre Des corps disponibles. Comment la contraception façonne la sexualité hétérosexuelle (Éditions La Découverte, 2024), elle explore comment la contraception, loin d’être une simple révolution libératrice, s’est imposée comme un travail genré pesant essentiellement sur les femmes. Entre critique des normes sociales et analyse historique, Cécile Thomé revient sur les enjeux contemporains de la santé sexuelle.
Pauline Delage : préserver les droits des femmes au-delà des luttes élitistes
Pauline Delage : préserver les droits des femmes au-delà des luttes élitistes
Pauline Delage, sociologue, chargée de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), rattachée au Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris (Cresppa-CSU), explore les fragilités des droits des femmes dans une société marquée par des réformes néolibérales et des discours réactionnaires. Dans son ouvrage Droits des femmes. Tout peut disparaître (Éditions Textuel, 2018), elle décrypte les inégalités structurelles et les résistances à l’égalité.
Pour Enflammé.e.s le 7 janvier 2025, elle revient sur les enjeux actuels et les défis à venir pour des féminismes inclusifs et intersectionnels.
L'Europe féministe contre l’extrême droite
L'Europe féministe contre l’extrême droite
Lucie Daniel, responsable de plaidoyer et d’études pour l’association Equipop, s’exprime dans un entretien à Enflammé.e.s le 11 décembre 2024, à l’occasion de la parution du rapport Comment construire une Europe féministe ? de l’association publié la veille.
Face à la montée de l’extrême droite, à l’érosion des droits dans certains pays, mais aussi à des avancées comme la première directive européenne contre les violences faites aux femmes, Lucie Daniel dresse un constat préoccupant mais propose des stratégies transnationales, un financement renforcé et un rôle plus responsable des médias pour construire une Europe féministe.
Equipop, association féministe de solidarité internationale, agit pour améliorer les droits et la santé des femmes et des filles, en mettant l’accent sur leurs droits sexuels et reproductifs et en intégrant une approche genre dans toutes ses actions.
Mélissa Camara : combattre la toute-puissance des extrêmes droites européennes
Mélissa Camara : combattre la toute-puissance des extrêmes-droites européennes
Élue députée européenne en 2024 sur la liste Les Écologistes, et élue locale à Lille, Mélissa Camara dénonce la montée des extrêmes droites et leurs attaques contre les droits fondamentaux. Siégeant aux commissions parlementaires FEMM (droits des femmes et de l’égalité des genres) et LIBE (libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures), elle œuvre pour une Europe féministe et inclusive, tout en alertant sur les dangers d’une dérive autoritaire, en France comme à l’échelle européenne.
Dans cet entretien exclusif accordé à Enflammé.e.s le 22 novembre 2024, Mélissa Camara revient sur ses combats pour les droits des femmes et des minorités dans ce contexte politique tendu.
Alyssa Ahrabare : les combats de la CLEF pour les femmes en Europe
Alyssa Ahrabare : les combats de la CLEF pour les femmes en Europe
Alyssa Ahrabare, juriste spécialisée en droit des libertés fondamentales, préside la Coordination Française pour le Lobby Européen des Femmes (CLEF). Également investie au sein d’Osez le Féminisme !, elle est une figure engagée dans le plaidoyer féministe à l’échelle nationale et européenne.
Dans un entretien accordé à Enflammé.e.s le 21 novembre 2024, elle revient sur les combats qui mobilisent la CLEF : refonte du traitement judiciaire des violences sexuelles, protection des mineurs face à l’industrie pornographique, lutte pour les droits reproductifs et plaidoyer européen.
Les femmes et les minorités de genre face à Donald Trump
Les femmes et les minorités de genre face à Donald Trump
Avec la réélection de Donald Trump le 5 novembre 2024, les questions autour des droits des femmes et des minorités de genre se multiplient.
Pour décrypter les répercussions de cette victoire sur les libertés individuelles, trois spécialistes ont répondu aux questions d’Enflammé.e.s le 8 novembre. Dominique Daniel, professeure de civilisation américaine au département d'anglais à l’Université de Tours ; Hélène Harter, professeure en histoire contemporaine à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et spécialiste de l’histoire des États-Unis ; Hugo Bouvard, maître de conférences en histoire et sociologie des États-Unis et membre du LARCA (Laboratoire de Recherche sur les Cultures Anglophones) à l’Université Paris Cité.
“Des cris déchirent le silence” : Natacha Thiéry immortalise les collages féministes avec un documentaire bouleversant
Natacha Thiéry, réalisatrice du documentaire Des cris déchirent le silence (2024), nous plonge dans l'univers des collages féministes à travers un film audacieux, entièrement composé d'images fixes. Les colleureuses sont rarement saisi.e.s en action. Pourtant, leur présence est palpable à travers les collages qui, comme des cris visuels, recouvrent les murs et témoignent d'un activisme puissant et silencieux.
Enflammé.e.s a rencontré Natacha lors de sa projection au Forum des images à Paris le 8 octobre 2024 dans le cadre de « 100% Doc ». L’occasion de comprendre comment sa caméra devient un outil de résistance politique et artistique.